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LA CRISE PSYCHOSOCIALE

 

« Jamais autant de connaissances n’ont été disponibles. Elles éclairent la complexité inaliénable de la psyché et soulèvent davantage de questions fondamentales qu’elles n’apportent de réponses. (…) Jamais la pratique n’a autant été soumise aux pressions de l’utilitarisme à court terme, lequel se fonde parfois sur le déni de la complexité. (…) Outre notre présence à chacun de nos clients, la dignité de notre pratique repose sur la défense de la singularité absolu du sujet et de sa quête inaltérable de sens ».

Gilles Delisle, Ph.D.


La crise psychosociale peut être perçue comme une conjugaison d’une vulnérabilité et d’une détresse socio-affective, influencée par des événements déstabilisant.

La crise psychosociale est principalement une rupture de lien composée d’une dimension psychologique et d’une dimension interactionnelle. La personne perd de sa capacité à maintenir en elle une cohérence des représentations d’elle-même et des autres. Cette rupture de lien est accompagnée d’une souffrance, d’un dilemme et d’une opportunité de progression de la conscience.

Bien qu’elle puisse se manifester de différentes manières (conflits sociaux, séparation, rupture sociale, désorganisation mentale, anxiété, abus de substance, dépendance, isolement, idéations suicidaires, remise en question…), la dimension sociale de la crise est liée à des enjeux du développement humain tels que l’attachement, l’estime de soi, l’amour et l’éthique.

La relation thérapeutique permet de créer un sens de la crise psychosociale, laquelle est indissociable de la trajectoire de vie de la personne et de ses interactions immédiates avec son environnement.

Plusieurs facteurs se conjuguent tels que la vulnérabilité physiologique de la personne, les traits de sa personnalité, la gravité des événements déclencheurs, ses réactions affectives et les ressources disponibles. La tolérance aux stress est généralement liée à la capacité de la personne à chercher et accepter de l’aide.

La crise est une spirale d’inconfort dans laquelle l’individu éprouve un état de détresse, se sent plus ou moins démuni. Cette image de spirale démontre bien les « aller-retour » des mouvements cognitifs, affectifs et sociaux, c’est-à-dire que la détresse peut se manifester par des comportements, des émotions ou des pensées.  Cet inconfort est à la fois problème et conséquence, mais aussi une source de motivation qui pousse à la recherche de solutions. Cependant, l’ambivalence fait partie intégrante du cheminement.

 

La crise psychosociale est souffrante puisqu'elle porte les enjeux inachevés du développement précoce et les blessures affectives, des éléments évoqués par les événements déclencheurs, puis reproduits dans la crise. Par exemple, nous pouvons remarquer que la personne peut vivre une honte exagérée, une angoisse d’abandon, une peur du conflit, une certaine méfiance ou l’évitement du changement.

À la lumière de cette définition, l’intervention consiste alors à (1) consentir à un équilibre rigide de se rompre pour relancer le processus de croissance, (2) permettre à la souffrance de s’exprimer, (3) tolérer l’élaboration d’enjeux relationnels, (4) explorer ensemble les dilemmes que seule la personne peut résoudre, (5) accompagner la personne dans un dialogue de création de sens de son expérience immédiate. Dans cette perspective d’intervention communautaire axée dans le lien, la compétence affective de l’intervenant devient primordiale. Celle-ci comprend l’accueil inconditionnel, la maturité, la sollicitude, l’ouverture, l’humilité, la générosité, le courage, la sobriété et le respect des différences.


Puisqu’il est question de rupture de lien, la personne se retrouve souvent dans une position de dépressivité, un « monologue » où la souffrance trouve ni écho ni sens. La clé du cheminement trouve sa force réparatrice dans l’établissement d’un « dialogue » authentique axé dans le lien. La personne est « experte » de sa trajectoire, de sa souffrance et de ses besoins alors que l’intervenant est « l’expert » de son expérience en relation d’aide, de sa connaissance des ressources du milieu et de son vécu personnel au contact de cette personne. C’est la rencontre de ces deux « expertises » dans un climat de « droit à la différence » qui est le moteur du changement. Dans cette dynamique interactive, l’intervenant n’est pas « celui qui sait » mais bien « celui qui cherche à mieux comprendre ».

En intervention, le maintien d’une certaine tension chez la personne en crise se révèle plus favorable à la résolution des symptômes qu’une simple procédure d’apaisement visant à enterrer les conflits. La crise dégage une énergie psychique qui s’exprime sous diverses formes et l’intervention vise à canaliser cette énergie. Il devient important d’éviter la déresponsabilisation de la personne par le partage des responsabilités, la négociation et l’engagement. Bref, l’intervenant aide l’individu à élargir et nuancer ses différents répertoires (affectif, représentationnel, social, solutions et ressources) dans le but d’augmenter la liberté et le pouvoir de la personne sur elle-même.

« C’est la rencontre de deux inconnus qui permet d’accéder à l’inconnu en soi »

 

Jean-Bertrand Pontalis